Je ne sais pas où j'étais, impossible de m'en rappeler. Comme rien. Des flash de la pièce, si on peut appeler ça une pièce me revenaient. Je me revois en train de grimper dans le boyau sombre devant lequel je m'étais réveillée. C'est à ce moment là que j'aurais aimé ne pas avoir le sens de la vue pour avoir les autres mieux développés. J'avais mal, une douleur cuisante, impossible de savoir d'où elle venait. Mon être entier avait mal. C'était étroit, je sentais les parois glacées du bout de mes ongles. Si j'avais vu, j'aurais vu qu'ils n'avaient plus une couleure normale. Je n'arrivais plus a ressentir ni chaud ni froid, juste la douleur. Je m'enfonçais dans le boyau, de plus en plus, jusqu'à ce qu'une odeur intenable me prenne les tripes pour les faire ressortir de mes entrailles. Je m'essuya la bouche d'un revers de main, en espérant que l'odeur de pourriture venait d'un animal crevé. J'avançais, toujours, cherchant je ne saurais dire quoi. J'aurais été claustro j'aurais sans doute déjà clapsé. Après ça, je ne sentais plus rien, je ne ressentais plus les odeurs, je ne ressentais plus le sol, ni l'étroitesse du boyau, ni la douleur. J'étais pétrifiée par la peur d'un souffle chaud sur ma nuque. Il n'y avait que ça. A défaut de pouvoir parler, voir, ou sentir, je tendis mes mains, tremblantes comme si j'allais en mourir, droit devant moi, une main attrapa une des miennes pour la poser sur une joue, sa joue, appartenant au même corps que la main, je le croyais. Les traits d'un visage humain. Je passais mes mains sur tous les contours du visage pour m'arrêter net sur sa bouche. Et le plaisir que j'avais de ne plus être seule disparu d'un coup, en me rendant compte de l'énorme sourire que le corps me faisait. Je retira violemment mes mains, et entendis juste la chose disparaître dans le fond du boyau.
Je ne pouvais qu'entendre, et toucher.
Car je ressuscite Anne.